Introduction a L'Étude De L'Occultisme

INTRODUCTION
A L'ÉTUDE DE L'OCCULTISME

Les plus grands des hommes de génie qu'ont vus naître les derniers siècles se sont intéressés à ce monde du merveilleux représenté par la Magie. Sans parler des Anciens, tous épris d'amour du mystère, il est facile de vérifier notre assertion dans l'œuvre mystique du Dante, construite d'après les clefs septénaires de la Kabbale ; dans les manuscrits de cet artiste prodigieux, doublé d'un savant éminent, qui fut Léonard de Vinci ; dans les œuvres purement magiques de Shakespeare, Macbeth, Hamlet ou la Tempête; dans les écrits de Gœthe avouant qu'il s'est beaucoup occupé d'alchimie, et jusque dans la musique du grand Richard Wagner à qui le monde des enchantements a livré tous ses secrets. Et notre liste serait fort longue si nous voulions citer un à un tous ceux de notre siècle qui furent attirés par cette étude, depuis Balzac jusqu'à Edgar Poë.

Et qu'on ne vienne pas dire que les littérateurs ou les philosophes seuls ont pris goût ù ces rêveries. Newton n'a-t-il pas passé plusieurs années de sa vie à la recherche d'un mystère de la Kabbale chrétienne : le chiffre 666? Képler n'avoue- t-il pas (pie c'est la méthode analogique qui, par le rapprochement entre les lois musicales et l'astronomie, l'a conduit à son admirable découverte? Enfin Bacon, le défenseur de la méthode expérimentale, ne s'est-il pas occupé d'astrologie ?

Il est vrai qu'on prétend communément que tous les grands hommes perdent la tête sur la fin de leur vie. Pourquoi ? Parce qu'ils s'intéressent à ces études.

Pour nous, qu'un préjugé de plus ou de moins n'effraye guère, cette recherche indique surtout le besoin qu'a l'esprit humain de raisonner la foi et d'appliquer aux données sentimentales les froides méthodes de la science.

La Science occulte prétend réaliser cet idéal.

Qu'est-ce que la Science occulte ?

Un corps de doctrine enseigné dans les Universités d'Égypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de sérieuses mutilations. Ce qui constitue essentiellement la Science occulte, ce sont moins ses enseignements que sa méthode d'investigation.

Il est certes fort intéressant de constater que les anciens avaient une science tout comme nous autres, que cette science était enseignée sous le sceau du secret et après de sérieuses épreuves physiques et morales aux futurs membres des « classes dirigeantes ». Mais ce sont là eu somme des recherches dont l'utilité ne semble pas immédiate.

Ce qui nous intéresse surtout au point de vue pratique, c'est cette méthode de l'analogie qui, maniée avec prudence, peut nous être de la plus grande utilité.

Nous ne saurions trop insister sur ce point. La Science occulte vient offrir à ses disciples une méthode nouvelle, c'est-à-dire un merveilleux outil de travail.

On comprend de suite que si cet outil est manié par des ouvriers inhabiles, il ne pourra, malgré sa précision, que donner de très faibles résultats. Si, au contraire, celui qui tient en main cet instrument d'investigation sait l'employer avec intelligence, le résultat sera surprenant.

Avons-nous à l'heure actuelle réellement besoin de méthodes nouvelles? n'en possédons-nous pas assez pour nos besoins ?

Non ; et l'on verra de suite pourquoi.

L'amour de l'analyse à l'excès a conduit nos savants dans un domaine où la spécialisation s'impose de très bonne heure.

Les connaissances de détail accumulées à propos de chaque science sont telles qu'il faut se résoudre, ou à ne connaître que des données générales, ou à se spécialiser immédiatement.

Nous ne parlons pas de la nécessité de n'étudier qu'une seule science, les divisions vont bien plus loin et celui qui veut par exemple étudier « la Médecine » est bien obligé, s'il désire se donner tout entier à cet art, de se spécialiser bientôt dans « la Clinique » ou dans «la Physiologie » ou dans « l'Histologie » sans compter les mille spécialités que contient la clinique elle-même, etc., etc.

Le domaine qu'embrasse l'étude de l'Univers, d'après les procédés rigoureux de notre époque, apparaît donc à l'observateur impartial comme une immense cité où s'élèveraient des temples somptueux, image de chacune de nos grandes sciences. Dans ces temples une infinité de petites chapelles sont remplies de fervents qui luttent d'influence ou de mérite pour entrer dans le sanctuaire. Ces chapelles sont l'image de ces mille spécialités pour lesquelles se trouvent toujours des étudiants et des professeurs.

Mais de plan d'ensemble aucun. Les chapelles sont élevées au hasard dans chaque temple, les temples élevés sans aucun ordre dans la cité, si bien que l'étranger ne peut plusse reconnaître dans ce fouillis inextricable.

Pas de système d'ensemble. Pas de synthèse. C'est là ce qui manque vraiment à notre époque.

Est-il impossible de découvrir les jalons intermédiaires qui doivent réunir toutes les branches du savoir humain? Est-il impossible de trouver en sciences naturelles une classification qui suive à tel point les lois de la nature qu'elle soit applicable aussi bien aux minéraux qu'aux végétaux et aux animaux qui semblent régis tous parla loi d'évolution ?

Les minéraux sont classés d'après leurs propriétés chimiques, les végétaux d'après leurs organes génitaux elles animaux d'après leur charpente. Comment voulezvous vous y reconnaître ?

Oken a donné un système bien curieux à ce propos rattachant directement les sciences naturelles aux sciences physiques par une classification basée sur les quatre éléments.

Oui, en plein XIX° siècle, sur les quatre éléments ; mais si ces mots choquent trop nos chimistes, je dirai sur quatre façons dont se comportent les corps simples d'après leur constitution atomique. En effet le carbone correspondant à la Terre est tétratomique, L'AZOTE correspondant à l'Eau est triatomique, L'OXYGÈNE correspondant à l'Air est diatomique et L'HYDROGÈNE correspondant au Feu est monoatomique1).

Les alchimistes, dont M. Berthelot étudie avec tant de compétence les travaux à l'heure actuelle, faisaient de la chimie vivante et concevaient les corps chimiques un peu comme nous concevons aujourd'hui les êtres organisés ; de là leur idée de la transmutation des métaux qui n'était, après tout, que du transformisme en action.

Un corps chimique était pour eux un être entier constitué comme tous les êtres par des organes et exerçant des fonctions.

Qu'avons-nous fait à l'heure actuelle? Nous avons disséqué ces êtres minéraux, nous avons fouillé la constitution de l'élément Eau, et nous avons mis dans des bocaux séparés les deux organes ou corps simples constituants : l'hydrogène et l'oxygène, et ainsi pour tous les autres.

Nous avons constitué, sous le nom de chimie, une anatomie du règne minéral; quand nous en serons à la physiologie nous reconnaîtrons que les alchimistes étaient encore nos maîtres.

Cette alliance des sciences physiques et des sciences naturelles, nous la trouverons, si nous voulons bien la chercher, dans les livres de ces vieux fous qui s'occupaient de Magie.

Toujours la Magie.

On avouera que j'y liens ; mais j'aurais peine à faire autrement si je ne veux pas sortir de mon sujet.

LA SCIENCE OCCULTE

On désigne par ce nom de Magie les pratiques en apparence surnaturelles exercées par les thaumaturges, initiés des temples de l'Inde ou de l'Egypte. La science enseignée dans ces temples était cachée aux profanes, de là son nom de Science occulte.

La Science occulte, avons-nous dit, peut être conçue comme un corps de doctrine enseigné dans les Universités de l'Egypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de sérieuses mutilations.

Cette définition soulève de suite de très nombreuses objections.

Nos études classiques nous ont habitués à considérer les hommes éminents de l'antiquité comme de doux rêveurs, faisant beaucoup de philosophie et adorant aveuglément une foule de dieux aussi divers que les étoiles du ciel.

Aussi cette idée d'un corps de doctrine à tournure scientifique, d'une organisation hiérarchique de l'enseignement dans le monde païen, d'une transmission de cet enseignement à travers les âges, etc., bouleverse-t-elle nos conceptions à un tel point que, malgré tout, nous ne voulons y prêter aucune attention.

Voilà pourquoi nous avons consacré la plus grande partie de notre travail à accumuler en divers chapitres tout ce que nous avons pu trouver de positif à ce sujet.

Les prolégomènes (chapitres 1 et 2) sont consacrés à l'étude de ce corps de doctrine à tournure synthétique, basé sur le raisonnement par analogie.

Cette science existe, mais elle est du tout au tout différente de la nôtre par ses résultats. Ce serait folie que de rechercher dans l'antiquité l'existence des appareils perfectionnés que nous possédons aujourd'hui ; aussi M. Franck a-t-il cent fois raison de s'élever, dans la lettre qu'il nous fait l'honneur de nous adresser, contre cette tendance à considérer la Science occulte comme l'origine et le point fatal d'arrivée de toutes nos connaissances. Mais en revanche, l'application de la méthode analogique à nos découvertes actuelles pourra produire des résultats fort curieux et surtout fort inattendus.

Si l'on n'accorde aux anciens que le mérite d'avoir connu les principes généraux de nos sciences, ce serait faire une injustice que de ne pas insister sur l'admirable façon dont était pratiquée l'unité de l'enseignement dans ce monde dit païen.

On sait bien que chaque peuple et même chaque cité avait ses dieux et ses prêtres, on sait encore que ces prêtres étaient des savants, ingénieurs, astronomes, ou médecins; mais on ignore trop que ces savants étaient tous rattachés à un même centre et se reconnaissaient tous grâce à une langue sacrée connue dans tous les temples alors existants.

Chacun de ces temples représente une faculté régionale, une école préparatoire de philosophie, de droit, d'art ou de médecine. Mais toutes ces écoles sont reliées à une université qui seule confère les hauts grades, c'est-à-dire donne les connaissances nécessaires pour la direction des peuples ou des forces subtiles de la nature. Quelle preuve pouvons-nous donner de celte assertion ?

Ouvrez le premier livre d'histoire venu, le plus élémentaire des dictionnaires biographiques et cherchez où Lycurgue est allé apprendre l'art de gouverner les hommes : en Égypte ; où Pythagore est allé acquérir sa science prodigieuse ; en Égypte ; où Platon a connu les fondements de son admirable philosophie : en Égypte. Voilà la réponse à notre question de tout à l'heure.

Et s'il s'élève quelque doute au sujet de l'existence d'une langue sacrée commune à tous les prêtres de tous les pays, les affirmations unanimes de trente-deux auteurs anciens collationnés par de Brière (voy. p. 388) viendront prévenir victorieusement toute objection possible.

Moïse est aussi un initié des temples d'Égypte et cette langue sacrée que nous pouvons croire perdue, nous la retrouverons, encore intacte après de longs siècles, dans le livre pour la conservation duquel Moïse sélect a un peuple indomptable et farouche.

La Kabbale nous enseigne les principes de l'enseignement occulte des sanctuaires de l'antiquité ; la Gnose renouvelle cet enseignement, et les efforts de toutes les sociétés hermétiques : Alchimistes, Templiers, Rose-Croix ou Francs-Maçons ne tendent que vers un seul but : la reconstitution de cette unité d'enseignement, de cette fraternité des intelligences, figurées sous le symbole de l'édification d'un temple universel.

LA MÉTHODE ANALOGIQUE

Il peut être fort intéressant, me direz-vous, pour un historien ou un philosophe de chercher ce qu'il y a de vrai dans ces affirmations; mais de quelle utilité ces données peuvent-elles bien être pour un adepte de la science expérimentale?

C'est ici qu'il nous faut aborder la question sous un tout autre point de vue, celui de la méthode employée par les anciens initiés.

Quand vous voulez connaître la hauteur d'une tour, le procédé le plus simple consiste à monter sur la tour et à dérouler une corde portant des divisions établies d'avance. C'est là le moyen expérimental par excellence, celui qu'emploieront les gens les plus ignorants.

Mais allez chercher un ingénieur. Croyez-vous qu'il se donnera la peine de faire cette ascension pénible? La trigonométrie lui permet de trouver exactement la hauteur de la tour grâce à un calcul très simple. Connaissant un côté et deux angles du triangle rectiligne, il résoudra rapidement le triangle tout entier et trouvera ainsi la hauteur cherchée.

Deux éléments connus lui suffisent pour trouver l'élément inconnu.

Cet exemple permet de comprendre l'emploi des deux méthodes d'investigation : la méthode expérimentale correspondant au premier moyen d'obtenir la hauteur de la tour et la méthode analogique correspondant au second de ces moyens.

Un expérimentateur qui veut se rendre compte de la façon dont la sensation se transforme en mouvement dans la moelle épinière, multipliera les procédés d'investigation sur de pauvres animaux et fera de véritables hécatombes sans arriver souvent à un résultat bien sérieux.

Un occultiste déterminera d'abord l'unité d'action qui préside aux transformations opérées dans l'organisme, montrant qu'une même loi explique la circulation du sang, la circulation des aliments (digestion) et la circulation du fluide nerveux (innervation)2). Établissant ainsi la formule générale qui servira à la résolution des inconnues, il n'aura pas de peine à faire voir que la transformation de la sensation en mouvement dans la moelle est analogue à la transformation du sang noir en sang rouge dans le poumon ou à la transformation de l'aliment en chyle dans les organes digestifs. Connaissant une seule de ces transformations, la méthode analogique lui permettra de découvrir les autres.

Mais les points connus, fondements des recherches ulté rieures, ne peuvent être fournis à l'analogiste que par l'expérimentateur. Bien plus, les données déterminées par l'analogie ne deviennent véritablement scientifiques que lorsqu'elles ont été sanctionnées par l'expérience. Claude Bernard se vantait de n'en appeler à l'expérimentation que pour vérifier une idée préconçue. L'analogie a pour première qualité de fournir méthodiquement cette idée préconçue qui deviendra le phare de l'expérimentateur.

L'analogie n'aspire doue pas à remplacer la méthode expérimentale, elle vient au contraire offrir à cette méthode un nouveau champ d'action, elle permet au poète d'être aussi précis dans ses développements et dans ses comparaisons qu'un algébriste, sans gêner davantage la liberté nécessitée par l'imagination du poète que la rigueur demandée par la raison du mathématicien.

Voilà pourquoi tous les poètes anciens étaient en même temps des savants profonds et ne se contentaient pas d'avoir une vague teinture de science, acquise à la hâte et sans application.

Aussi cette méthode sérieusement étudiée par nos savants peut-elle leur rendre d'importants services. Il est clair toutefois que les chercheurs ne demanderont à la Science occulte que sa méthode et n'auront aucune attention à prêter aux données historiques et philosophiques qui caractérisent l'occultisme considéré comme un corps de doctrine transmis sans interruption à travers les âges.

La science a réalisé des progrès considérables depuis l'origine de cette tradition, l'analyse a été poussée partout jusqu'aux plus extrêmes limites ; une synthèse est nécessaire. Nous pensons que la méthode analogique, reprenant les milliers de faits établis et les groupant d'après un procédé tout nouveau, est seule capable de constituer cette synthèse ; puissions-nous ne pas nous tromper!

LE MOUVEMENT ACTUEL

Si quelque chose peut nous faire espérer en l'avenir de ces études, c'est le succès croissant du mouvement commencé il y a quelques années à peine.

Il y a sept ans la Science occulte n'était connue qu'à titre de philosophie très originale et par quelques-uns seulement, disciples d'Eliphas Lévi ou de Fabre d'Olivet. La tradition occidentale n'était pas interrompue ; mais elle était conservée très secrète. Les écoles spirites et magné tiques continuaient leurs études, mais cantonnées chacune dans leur domaine spécial.

A l'heure actuelle, la Science occulte est prise en sérieuse considération par une pléiade de chercheurs appliquant la méthode analogique aux diverses branches de l'activité intellectuelle. Généralement la naissance d'une école est caractérisée par l'application de théories plus ou moins révolutionnaires à la littérature, à l'art ou à la science pris séparément. Ce qui constitue le caractère tout particulier de ce mouvement déterminé par la Science occulte, c'est que partout il tend à faire preuve de vitalité.

En littérature c'est Joséphin Péladan initié par le docteur Péladan son frère, et répondant par une série d'écrits magiques, commencée en 1883, aux attaques féroces dont il est l'objet; c'est Léon Hennique appliquant dans Un Caractère les données du spiritisme et dans sa pièce Amour les enseignements de la Science occulte; c'est Paul Adam rééditant le Sabbat et vivifiant de sa conception la tradition enseignée par Eliphas Levi; c'est George Montière cachant les plus profondes vérités de la philosophie sous les ironiques plaisanteries du docteur Selectin; c'est Léonce de Larmandie, l'ami et le disciple de Péladan, étudiant l'ésotérisme de laforme en maints volumes.

En poésie c'est Emile Goudeau, c'est Jean Rameau, c'est Albert Jhouney, rendant les profonds enseignements du Zohar en d'admirables vers, c'est Paul Marrot, Robert de la Villehervé, Ch. Dubourg, et Lucien Mauchel appliquant l'analogie aux développements les plus poétiques.

Émile Michelet fait une étude transcendantale d'esthétique: l'Ésotérisme dans l'art (1890).

Les romanciers s'intéressent aussi à ces données nou velles et nous devons à Jules Lermina, outre deux études littéraires : A Brûler et l'Elixir de vie, le résumé le plus clair qui ait été fait de la Science occulte : La Magie pratique. M. Lermina est un exemple de ce qu'on peut faire quand on veut joindre le travail assidu aux qualités du littérateur. Désirant connaître à fond ces questions, cet auteur n'hésite pas à travailler l'hébreu et le sanscrit en même temps que les livres les plus ardus des maîtres de l'occultisme. Aussi en est-il aujourd'hui un des représentants les plus instruits.

Enfin notre liste serait fort longue s'il nous fallait mentionner tous les littérateurs contemporains rattachés à ces idées comme Guy de Maupassant (le Horla), Anatole France (Thaïs), Gilbert-Augustin Thierry (la Tresse blonde), R. de Maricourt (l'Œil du dragon, Batracien mélomane), ou Huysmans (Là-bas), etc., etc.

L'esthétique, dans toutes ses branches, compte des représentants parmi les étudiants de la Science occulte. Signalons pour mémoire les travaux d'Augusta Holmès, les morceaux de Ch. de Sivry et de Henri Welch sur la musique et les études de Joséphin Péladan et de son disciple F. Vurgey sur la peinture.

Et qu'on ne vienne pas me dire que les défenseurs de l'imagination s'occupent seuls de ces questions. Le mouvement, avons-nous dit, manifeste les traces de son action dans toutes les branches de l'activité intellectuelle même les plus rigoureusement techniques. C'est ainsi que Charles Henry, qui a étudié sérieusement Wronski, applique ces données à ses travaux mathématiques ; Gérard Encausse applique la méthode analogique dans son Essai de physiologie synthétique. Albert Faucheux obtient un prix de l'Académie en appliquant cette même méthode à la pédagogie tandis que Horace Lefort reven dique, d'après la tradition ésotérique, le retour au génie national dans son Erreur latine.

Partout le mouvement s'accentue ; en PHILOSOPHIE c'est F. Ch. Barlet, le plus savant et le plus modeste de tous les occultistes français, qui montre la profondeur de l'ésotérisme dans son Essai sur l'évolution de l'idée; en SOCIOLOGIE c'est Julien Lejay qui met au jour son Essai de sociologie analogique, œuvre vraiment magistrale; en orientalisme c'est Augustin Chaboseau qui écrit l'Essai sur la philosophie du bouddhisme, montrant les rapports des deux traditions orientale et occidentale ; en histoire enfin, c'est Jules Doinel, l'archiviste du Loiret, ressuscitant la Gnose, c'est Marcus de Vèze étudiant l'Égyptologie dans ses rapports avec la science ésotérique, c'est Napoléon Ney dévoilant la possession de l'occultisme par les Sociétés secrètes musulmanes, c'est le docteur Delézinier restituant les origines de la chimie par l'étude approfondie de la philosophie hermétique, c'est Albert Poisson expliquant enfin les théories et les symboles des Alchimistes.

Nous n'avons parlé que de ceux qui étudient la Science occulte au point de vue de ses applications ; rendons maintenant justice aux occultistes militants, aux représentants les plus autorisés de la tradition occidentale.

La marquis de Saint-Yves d'Alveydre, disciple de Fabre d'Olivet, ne peut être considéré comme un partisan absolu des idées défendues par l'occultisme. Cet auteur éminent s'occupe principalement de la science ésotérique dans ses rapports avec le gouvernement des peuples.

Eliphas Lévi a trouvé un successeur de la plus haute envergure dans la personne de Stanislas de Guaita. Le style irréprochable et coloré de l'auteur de Au seuil du Mystère et du Serpent de la Genèse, sa science profonde et sa merveilleuse érudition en font le représentant le plus élevé de la Science occulte considérée dans ses développements philosophiques.

Les études de Lavater et de Desbarolles sont renouvelées sous le point de vue synthétique par Gary de Lacroze dans son Traité exotérique de Divination, et G. Vitoux dans son Occultisme scientifique établit au mieux l'état de la question en ces dernières années. Signalons au dernier moment l'apparition prochaine d'un livre de vulgarisation de la SCIENCE OCCULTE par Plytoff. Nous ne savons ce que vaut le livre]; nous le signalons pour montrer que la vulgarisation, hélas! s'est aussi abattue sur cette question.

Enfin si nous mentionnons les noms des savants autorisés qui ont abordé l'étude de l'occultisme pratique : le colonel de Rochas (de l'École polytechnique), M. Lemerle (ancien élève de la même école) et le docteur Gibier, nous aurons montré rapidement l'état actuel de ce mouvement encore très peu connu.

LA PRESSE

Quand nous disons « peu connu », nous faisons preuve d'ingratitude envers les membres les plus éminents de la presse qui ont signalé aux lecteurs étonnés les progrès accomplis journellement par ces idées en apparence si curieuses.

C'est ainsi que Maurice Barrés et Emile Gautier dans le Figaro, Aurélien Scholl dans ses journaux, L. de Meurville et Emile Michelet dans le Gaulois, Harry Alis dans les Débuts, Anatole France dans le Temps et dans la Revue illustrée, Montorgueil dans Paris et dans l'Eclair, Jules Huret dans l'Écho de Paris, Des Houx et Le Duc dans le Matin, Paul Ginisty et G. Vitoux dans le XIX° Siècle, Le Parisien dans le Mot d'Ordre, Mlle Marie-Anne de Bovet dans la presse étrangère, ont fait qui des chro niques, qui des interviews, qui des articles de fond sur ce mouvement et ses conséquences. Depuis ces dernières années il ne s'est pas passé un mois sans que quelque étude d'un des grands journaux de Paris vint insister sur l'importance de ces nouvelles idées.

ADVERSAIRES ET DÉFENSEURS

Aussi comprend-on facilement que des adversaires déterminés n'aient pas tardé à naître, cherchant à défigurer, par tous les moyens, le caractère des idées défendues et des défenseurs eux-mêmes. Je ne m'attarderai pas à réfuter les arguments invoqués par des feuilletonnistes peu instruits, bouddhistes d'opéra-comique, par des docteurs sans clientèle et jaloux des succès d'autrui, par tous les impuissants de l'intelligence et du travail, par tous les perroquets qui « sifflent bien, mais, ne chantent pas », suivant la remarque du fabuliste. Les chiffres sont faciles à établir : trente et un volumes de littérature et une pièce de théâtre, trente-cinq ouvrages scientifiques ont été produits depuis moins de six ans par ceux qui s'adonnent à l'étude de la Science occulte et de ses applications.

Ajoutez à cela les encouragements donnés à ce mouvement par des esprits aussi éminents que M. Ad. Franck el vous comprendrez la cause de toutes les attaques dont nous sommes l'objet et qui ne cesseront pas de sitôt, espérons-le, un ennemi parlant d'une œuvre générale ment dix fois plus qu'un ami, fût-il des plus intimes.

Ce serait du reste faire preuve d'une certaine naïveté que d'attendre une protection ouverte de la masse des intellectuels. Lancés en avant à la recherche d'idées nouvelles, on peut nous comparer à des éclaireurs chargés d'explorer des régions inconnues et souvent d'essuyer les premiers le feu de l'ennemi. Les 'éclaireurs ne doivent compter que sur eux-mêmes, ils n'ont rien à attendre du gros de l'armée qui s'avance dans le lointain. Ce sont des soldats sacrifiés d'avance, mais ils savent qu'on choisit les meilleurs soldats pour ce sacrifice, trop heureux si leur dévouement peut être de quelque utilité pour sauver la masse de leurs frères en marche derrière eux et pour donner à l'Humanité, une fois de plus, la victoire dans la lutte contre le Mal, contre l'Erreur et contre l'Injustice.

NOTRE TRAVAIL

Lorsqu'un homme indépendant, comprenant tout ce qu'on peut tirer de ces études, veut approfondir les données de la Science occulte, mille obstacles entravent la réalisation de son désir.

Les livres les plus importants sont introuvables dans le commerce, il faut aller dans les bibliothèques publiques et là se briser au maniement des mots techniques et d'obscurités, insolubles si l'on consulte les encyclopédies contemporaines.

Notre Traité élémentaire de Science occulte, fort incomplet, du reste, a eu quatre éditions depuis son apparition.

Nous avons résolu de transformer ce petit volume en une sorte de recueil méthodique contenant, résumés, les ouvrages et les traités techniques qu'on ne peut se procurer que très difficilement. De là la grosseur de l'ouvrage présent.

COMPOSITION DE CE VOLUME — PROCÉDÉS DE LECTURE

Il fallait résoudre, dans la confection de ce volume, à la fois plusieurs problèmes.

Ainsi les personnes qui désirent avoir une idée générale de la question doivent pouvoir satisfaire leur goût sans être dans l'obligation de parcourir d'un bout à l'autre les points les plus techniques de la Science occulte.

D'autre part, ceux qui veulent approfondir un point particulier, Kabbale, Alchimie ou même Chiromancie, n'ont souvent ni le temps ni les moyens d'aller dans les bibliothèques et de prendre connaissance des traités spéciaux.

Ajoutez à cela les gens pressés, obligés de faire rapidement un article ou d'exprimer une opinion qui s'efforce d'être précise, et vous comprendrez les difficultés qui se sont présentées dans la création de ce travail.

Nous ne prétendons pas les avoir toutes résolues, mais nous avons fait de notre mieux, et nous allons indiquer comment nous nous y sommes pris à cet effet.

Aux lecteurs en général nous avons consacré le GROS TEXTE, sauf les chapitres précédés du mot technique.

Il suffit donc de lire le gros texte en sautant méthodiquement tous les chapitres ou passages en petit texte, pour éviter les questions trop abstraites ou trop spéciales et pour avoir une idée, en somme très complète, de la Science occulte et de son histoire.

Aux étudiants de l'Occultisme nous fournissons une série de chapitres techniques en PETIT TEXTE, qui représentent la reproduction ou le résumé d'ouvrages spéciaux devenus fort rares. Le Traité méthodique de Science occulte reproduit presque in extenso plus de dix de ces ouvrages qui coûtent (quand on les trouve) de douze à quinze francs en moyenne.

L'analyse des travaux de Lenain et de Kircher à propos de la Kabbale, la traduction correcte de la Genèse, de Fabre d'Olivet, le traité de Cyliani sur l'alchimie, les travaux de Wronski sur les nombres, rentrent dans ce cas.

Aux lecteurs pressés nous offrons une collection de documents introuvables dansées « encyclopédies » contemporaines, source principale des articles dits étudiés. La table alphabétique des matières, située à la fin du volume, permet de se reporter de suite au point spécial qu'on veut connaître; la table du mouvement de la Science occulte depuis 1750 permet de juger d'un seul coup d'œil le côté historique de la question.

Ainsi l'on peut se rendre compte d'un détail technique, aussi rapidement qu'au moyen d'un dictionnaire et d'une façon bien plus complète.

OBJECTIONS

Au sujet de la composition du volume en lui-même, je tiens à répondre d'avance à plusieurs objections qui ne manqueront pas de se produire.

Citations :

Ce qui frappera tout d'abord les lecteurs superficiels, c'est le nombre et la diversité des citations intercalées dans le volume.

Il nous eût certes été facile d'éviter de suite cette objection en nous assimilant tant bien que mal les ouvrages que nous avons été à même de consulter et en résumant la pensée de l'auteur sans prendre la peine de le nommer.

C'est là un procédé trop souvent employé dans les livres dits de vulgarisation ou dans les encyclopédies, pour que nous ayons eu jamais la pensée d'en user. Mais il est une considération qui prime toutes les autres à cet égard.

Depuis longtemps un certain nombre d'auteurs se sont voués à l'étude des diverses parties de la Science occulte. Ces auteurs placés, de par leurs travaux mêmes, en dehors du courant habituel, ont rarement vu le succès mérité couronner leurs effets et sont morts pour la plupart inconnus ou incompris.

C'est donc un devoir de justice que nous venons remplir en groupant de notre mieux des extraits de ces ouvrages ignorés aujourd'hui. Nous tenons à montrer la persistance de la tradition ésotérique a travers les siècles et, pour ce faire, y a-t-il un moyen meilleur que ces citations tirées de l'original?

Compilation :

On peut donc dire que c'est une compilation que nous présentons au public ; mais c'est une compilation d'auteurs inconnus, se rattachant tous à la doctrine ésotérique et dont chacun demande une étude bien spéciale. Si l'un de nos lecteurs veut se rendre compte du travail nécessité par ce genre de compilation, qu'il ouvre le Larousse et qu'il y cherche le nom de Louis Lucas. Il ne l'y trouvera pas, non plus qu'en aucun dictionnaire biographique ; qu'il cherche de même l'analyse des travaux de Lenain, de Barrois, de de Brière, de Fabre d'Olivet et de Wronski, etc., etc.; il verra combien ces auteurs ont été incompris ou dénigrés de parti pris.

Travail personnel :

Toutefois il est important de répondre par avance à cette objection en résumant les points où notre travail personnel a été particulièrement mis en œuvre. Ainsi l'application des doctrines de l'ésotérisme à nos sciences expérimentales, qui forme la presque totalité de la première partie du Traité, les considérations sur les rapports de l'embryologie et de la physiologie avec les données de la Science occulte, les rapports de l'hypnotisme et du spiritisme sont particulièrement intéressants à ce point de vue. Si l'on veut y joindre la reproduction de plusieurs de nos études sur la Franc-Maçonnerie, sur l'Alchimie, sur la Kabbale, etc., parues dans ces derniers temps et actuellement épuisées, on verra que l'objection de tout à l'heure ne peut avoir une valeur sérieuse pour un lecteur impartial3).

Le sujet traité :

Au point de vue du sujet traité, on dit souvent que la Science cesse d'être occulte dès qu'on en publie les éléments. Cette objection aurait quelque valeur si la Science occulte formait quelque chose de distinct de la Science ordinaire. M. Ad. Franck a fait justice de cette prétention. Les procédés d'enseignement ont fait donner le nom d'occulte à ce corps de doctrine professé dans l'antiquité. Nous avons tenu à conserver ce nom. Nous avons même été plus loin.

La divination tenait une grande place dans les temples de l'antiquité. Notre travail aurait été incomplet sans au moins un exemple d'une de ces sciences de divination ; voilà pourquoi l'on trouvera dans cet ouvrage un traité de Chiromancie, réduit du reste autant que possible à ses éléments scientifiques.

Ainsi nous espérons fournir à tous ceux qui s'intéressent à ces questions, le moyen d'étudier de la façon la plus rapide cette Science occulte dans toutes ses branches et à travers toutes ses transformations.

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

En résumé la Science occulte peut être considérée sous deux points de vue distincts :

Comme doctrine traditionnelle, elle fournit des éléments d'étude tout nouveaux au philosophe et à l'historien.

Elle permet de considérer l'antiquité à sa juste valeur et d'affirmer l'existence de découvertes générales touchant nos sciences appliquées, à une époque très reculée.

Les enseignements ésotériques sur la constitution de l'Univers et de l'Homme, sur les êtres invisibles et leur existence permettent de comprendre sous un jour plus scientifique une foule de faits réputés miraculeux.

Enfin, les luttes du Gnosticisme et du Cléricalisme en Occident, les triomphes sans cesse plus complets de celui-là sur celui-ci, mettent l'historien à même de voir clair dans les actions produites par les sociétés secrètes toujours en œuvre depuis la destruction de l'Ordre du Temple.

Comme méthode, la Science occulte vient donner à tous les chercheurs contemporains un nouvel outil de travail.

Il n'est point besoin d'approfondir les théories philosophiques de l'ésotérisme pour bien comprendre cette méthode de l'analogie qui fournit aux expérimentateurs des éléments multiples de recherches.

En associant les données théoriques fournies par l'analogie aux preuves fournies par la méthode expérimentale on peut refaire sur un plan tout nouveau la plupart de nos traités de Physique, de Chimie, d'Histoire naturelle et même de Philosophie et de Psychologie. Il y a là une source de travaux dont quelques-uns ont été déjà entrepris, mais dont la plus grande partie reste à la disposition de qui voudra s'en emparer.

La Morale :

« Dans l'antique Orient il n'y avait ni récompense ni punition après la mort; l'homme était récompensé dans ce monde-ci, soit sur sa personne, soit sur celle de ses descendants et toujours dans les intérêts matériels.

« La théologie égyptienne accordait deux âmes à l'homme; l'une, l'âme intelligente et pensante, au sortir du corps se rejoignait à l'intelligence suprême dont elle était émanée ; l'autre, l'âme sensitive, rentrait par la porte des dieux ou le Capricorne, dans l'Amenthès, le ciel aqueux où elle habitait toujours avec plaisir, jusqu'à ce que, descendant par la porte des hommes ou le Cancer, elle vint animer un nouveau corps4). »

Cet extrait résume une grande partie des arguments invoqués par l'ésotérisme en faveur de la foi rationnelle, source de la morale.

La science prétendait tuer à jamais toute possibilité d'une foi quelconque, grâce à la rigueur de ses démonstrations. Cette rigueur même est venue étendre le domaine de la foi, abandonnant les affirmations creuses de la théo logie pour s'éclairer par les découvertes sans cesse plus étonnantes de l'expérimentalisme.

La vérité ne saurait plus être l'apanage exclusif d'un culte ou d'une secte. Les principes de l'ésotérisme sont identiques au fond du bouddhisme comme au fond du christianisme, il ne peut y avoir qu'une Science et qu'une Morale comme il n'y a qu'une Vérité, aucun de ces termes ne saurait être l'opposé des deux autres.

La science montrant que, dans l'embryon, le cœur bat rythmiquement avant que les nerfs qui l'animeront aient pris naissance ou même que le tissu musculaire soit différencié, proclame l'existence d'un principe inconnu d'elle et fabriquant le corps physique d'après un plan fatal.

La science montrant que les cellules nerveuses disparaissent cent fois sans que la mémoire perde un seul de ses souvenirs, avoue implicitement l'existence de quelque chose qui coordonne les sensations en dehors du monde matériel. Et nous ne parlerons ni des phénomènes de l'hypnotisme ni de la télépsychie constatés plusieurs fois par le professeur Richet, toutes les découvertes convergent, unanimes, vers cette affirmation : l'âme existe.

Mais cette âme est-ce l'entité scholastique des théologiens ou des rêveurs de toute école? Est-ce ce principe ennemi de la chair qui subira des peines ou des félicités éternelles après la mort? A l'invention du cléricalisme tendant à permettre aux vautours sociaux d'exploiter, moyennant une dîme, les pauvres et les humbles, l'ésotérisme répond par une loi qui manifeste la justice la plus terrible mais aussi la plus clémente : la loi des réactions égales et de sens contraire aux actions produites.

Allons, messieurs de la finance, sus au gain. Ruinez sans crainte les humbles, torturez les mères, écrasez les enfants de durs travaux et d'impôts toujours croissants; le prêtre, fonctionnaire salarié par vous, est là pour leur inspirer le courage au nom du Dieu tout-puissant qui vous protège et qui les tue. Vous vous riez des peines éternelles, comme des félicités infinies. Le bonheur c'est la possession du million par tous les moyens, connus ou inconnus, et la morale c'est l'art d'empêcher les naïfs de devenir vos concurrents en condamnant les procédés que vous employez. Ceux qui s'occupent des problèmes de l'au-delà sont de doux farceurs, dilettantes de l'imprévu, ou des exploiteurs hardis de la bêtise humaine. Voilà votre morale à vous.

Mais s'il était vrai que les plaintes impuissantes des malheureux que vous massacrez deviennent des énergies cosmiques d'un ordre inconnu, qui vous demanderont compte de leur existence? Si aucun Dieu personnel ne répondait à la voix salariée du prêtre qui chante pour votre corps une « première classe »? Si vraiment vous récoltiez dans vos enfants les graines d'égoïsme et de haine que vous avez semées? Si vraiment vous aviez une âme? Savez-vous que ce serait terrible!

Songez donc aux conséquences qu'aurait la démonstration de l'existence de la morale comme science positive, réglée par les lois les plus élémentaires de la mécanique ! Vous blessez moralement ou socialement votre prochain, cela augmente d'autant plus l'empire du malheur sur vous, non pas seulement… là-bas, mais ici d'abord. Vous êtes heureux, votre famille vous comble de joie. Un jour votre enfant chéri meurt malgré les soins des « princes de la science » ; votre femme, naguère compagne éclairée et active, s'éteint lentement, râlant sous l'étreinte du cancer qui la ronge, et pendant ce temps les millions s'amassent dans vos caisses, les laquais se pressent plus nombreux sous vos pas.

Vous cherchez, éperdu, la source des malheurs qui s'abattent sur vous, oubliant qu'elle est en vous-même et que vous récoltez, insensé, les fruits dont vous avez semé la graine, par vos désirs.

Mais tout cela c'est le domaine du rêve. Ce sont des jeux de l'imagination destinés à troubler la quiétude des honnêtes financiers, constructeurs de synagogues5). Votre docteur se chargera de vous démontrer que quand on est mort tout est fini. Croyez-moi, écoutez votre docteur, et laissez les rêveurs divaguer à leur aise. L'étude de la Science occulte et des problèmes de l'au-delà n'est-elle pas trop métaphysique pour être vraie ; à moins qu'elle ne soit trop vraie pour être métaphysique?

PAPUS.


1)
Cette correspondance étant basée sur les propriétés physiques de éléments ne répond pas en tous points aux rapports établis par l'ésotérisme.
2)
Voy. Gérard Encausse, Essai de Physiologie synthétique. — Paris 1890 in-8°.
3)
La somme de travail entièrement personnel, à l'exclusion de toute citation, se monte à 687 pages. Les citations, les extraits, les résumés, etc., se montent à 423 pages, tout compris.
4)
Porphyre, De antro nympharum cité par de Brière.
5)
Voy. Kalixt de Wolski, la Russie Juive.
  • Dernière modification: 2017/07/09 09:04
  • par John Bell